Travailler sur la gestion des sédiments

Les aménagements du XXème siècle, suivis d’une longue période sans crue, ont entretenu l’illusion d’un Rhône « domestiqué ». Cette artificialisation modifie les pratiques des populations riveraines : l’urbanisation se développe, l'agriculture investit des terrains autrefois occupés par des zones naturelles alluviales. Les aménagements introduisent souvent une séparation physique avec le fleuve qui s’écoule dorénavant derrière des digues. Les sociétés locales oublient le risque inondation.

La gestion des sédiments occupe une place prépondérante au sein du volet «Inondations», et plus particulièrement dans l’axe relatif à la réduction de l’aléa. En effet, il se pourrait que le rétablissement du transit sédimentaire, fortement influencé par les aménagements anciens pour la navigation, la production hydroélectrique, les extractions et les perturbations qu’ont connu les affluents, puisse être une piste d’amélioration des conditions d’écoulement du fleuve en crue.

Les connaissances sur le sujet reposent actuellement sur le volet « dynamique fluviale » de l’Etude Globale Rhône, et nécessitent d’être approfondies pour mettre en œuvre des actions concrètes qui inversent la tendance constatée d’engraissement des marges alluviales, de dépôts localisés pouvant constituer des points durs pour les écoulements ou de déficit sédimentaire en Camargue.

Réactiver la dynamique fluviale

Le travail que conduit l’Observatoire des Sédiments du Rhône (OSR) vise à répondre à ce besoin de connaissance tout en proposant un outil d’aide à la décision pour les maîtres d’ouvrage et gestionnaires

du linéaire rhodanien. En ce sens, l’étude sur la gestion des marges alluviales doit contribuer à définir précisément les principes de la remobilisation des sédiments présents dans ces marges, tout en montrant les gains et les risques potentiels de ce type d’opérations sensibles.

En pratique, et en ce qui concerne les inondations, ce projet de recherche appliquée vise à réactiver la dynamique fluviale en démantelant des digues anciennes pour permettre au fleuve, par érosion latérale au gré des crues, de remobiliser une partie des sédiments présents dans les marges alluviales. Ces sédiments sont en effet à l’origine de réduction de débitance du fleuve, qui bien que compensée localement par une incision du lit ou une réduction du débit par les aménagements de la Compagnie nationale du Rhône (Rhône court-circuité), pourrait être encore améliorée par l’augmentation de la section mouillée que représenterait la suppression de ces marges alluviales.

La faisabilité de ce type de projet pouvant se heurter à des problématiques environnementales ou d’occupation du sol avec de nombreux enjeux présents dans des espaces susceptibles d’être remobilisés par le fleuve, il est donc nécessaire de bien anticiper les potentielles remobilisations en analysant la vulnérabilité des territoires concernés, en s’assurant que le projet ne porte pas atteinte à la sécurité des personnes et des biens.

De nombreuses données sont disponibles sur l'histoire du fleuve depuis 150 ans et les impacts des aménagements Girardon sur l'occupation du sol, la sédimentation et l'inondation. Elles font l'objet d'un traitement d’uniformisation : ainsi, des cartes sur l'hydromorphologie, les puissances spécifiques, les casiers de sensibilité potentielle à l'inondation et à la sédimentation seront disponibles sur tous les vieux Rhône depuis la confluence du Fier jusqu'à la mer Méditerranée, à l’intérieur de la bande active historique de 1860. Concernant l’occupation du sol, les cartographies existantes concernent l'urbanisation, l'agriculture, la forêt, les bancs de galets, la surface en eau et les lônes. L’objectif est d’étendre ce travail aux enjeux patrimoniaux tels que digues, moulins, bacs, ponts, repères de crue, etc.

Trois sites tests

Trois sites prioritaires ont été identifiés pour la mise en application du projet de réactivation de la dynamique fluviale : Péage-de-Roussillon, Montélimar et Bourg-Lès-Valence. Des travaux ont déjà été effectués sur la rive gauche du vieux Rhône de Donzère-Mondragon au niveau de la confluence avec l'Ardèche.

Il faut souligner que ce projet s’inscrit également dans les objectifs du volet « Qualité des eaux, ressource et biodiversité » du Plan Rhône. En effet, les enjeux écologiques existants sont recensés dans le cadre du schéma directeur. Une cartographie des milieux d'intérêt est réalisée : forêt de bois tendres (menacée à l'échelle européenne), forêt de bois durs (c'est la forêt patrimoniale du Rhône), prairies alluviales (c'est dans ces milieux que l'on trouve la majorité des espèces protégées), milieux humides (lônes, zones humides, mares etc). Les trames vertes et bleues sont cartographiées afin de ne pas rompre les connexions.

vieux_rhone_montelimar_2_CNR

Par ailleurs, la remobilisation des sédiments stockés dans les marges doit contribuer à la reconnexion latérale du chenal avec sa plaine alluviale et à la reconnexion verticale des milieux alluviaux avec la nappe alluviale (décloisonnement). La réactivation de la dynamique fluviale va ainsi permettre une restauration écologique et fonctionnelle des milieux : création de milieux de grèves rares à l'échelle du Rhône, maintien de milieux favorables au développement des espèces liées au fleuve. La réactivation de la dynamique fluviale prend en compte les enjeux existants pour ne pas porter atteinte à des enjeux remarquables et rares à l'échelle du fleuve.

Enfin, il faut noter que ce type de projet pose le problème du relargage potentiel de substances dangereuses. Durant la phase avant-travaux, des prélèvements sont effectués pour mesurer les teneurs en PCB, HAP et métaux lourds. Un programme de recherche a été lancé pour améliorer la méthodologie de caractérisation de la pollution des sédiments des marges.

Plus d'informations :  www.osr-rhone.org